Poids lourds électriques : un levier stratégique de décarbonation pour les industriels
Pour décarboner leur activité, les industriels peuvent agir sur 3 niveaux : les émissions produites directement dans leur procédés (scope 1), les émissions liées à leurs achats d’énergie (scope 2) et les autres émissions dites indirectes (scope 3), comme le transport de leurs marchandises. L’électrification des poids lourds s’impose aujourd’hui comme une solution concrète et crédible....
Le “momentum” de l’électrification des poids lourds
L’électrification du transport routier de marchandises entre dans une phase décisive. Longtemps perçue comme complexe, voire inaccessible, la décarbonation des poids lourds bénéficie aujourd’hui d’un alignement inédit entre cadre réglementaire, maturité technologique et contexte économique. La PPE 3 (3e Programmation Pluriannuelle de l’Energie) encourage fortement cette transition, en particulier pour les usages urbains et régionaux, et apporte la visibilité nécessaire pour engager des investissements structurants.
Cette évolution intervient dans un contexte tendu pour la filière. L’érosion des marges, la dépendance au niveau d’activité et la volatilité des marchés internationaux limitent les capacités de surinvestissement des transporteurs. La hausse des coûts du carburant constitue un facteur de vulnérabilité majeur, renforcé par les tensions géopolitiques récentes. Dans ce contexte, le transport reste pourtant un maillon clé de la chaîne de valeur industrielle, représentant une part significative des émissions de gaz à effet de serre.
Un enjeu climatique majeur pour les industriels
En Europe, les émissions du secteur des transports ont progressé depuis 1990. En France, le transport représente environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre, dont près d’un quart est imputable aux poids lourds. Malgré des premiers progrès récents, l’effort à fournir reste considérable pour atteindre les objectifs de réduction à horizon 2030 et 2050.
Face à cet enjeu, toutes les alternatives ne se valent pas. Les carburants fossiles, même dits « de transition », offrent des gains limités en matière d’émissions. À l’inverse, la motorisation électrique se distingue par son efficacité environnementale : à charge transportée équivalente, elle permet de réduire très fortement les émissions de CO2 (-90%) tout en supprimant les émissions locales de polluants atmosphériques. Pour les industriels, l’électrification des flottes de poids lourds constitue ainsi un levier direct et structurant pour réduire leur scope 3.
Une équation économique de plus en plus favorable
Au-delà de l’enjeu climatique, l’électrification des poids lourds répond à une logique économique de long terme. Pour un poids lourd diesel, le carburant représente environ 60 % du coût total de possession (TCO). Dans le cas d’un poids lourd électrique, la part de l’énergie tombe à environ 40 %, offrant une meilleure maîtrise des coûts d’exploitation.
Dans un contexte de forte volatilité des prix des carburants fossiles, cette stabilité devient un avantage compétitif. Les comparaisons de TCO montrent que l’écart entre diesel et électrique s’est fortement réduit ces dernières années, au point d’envisager une parité économique sur certains usages avant 2030. L’électrification permet ainsi aux industriels de sécuriser leurs coûts logistiques tout en anticipant les évolutions réglementaires.
Une solution désormais opérationnelle
Sur le plan technologique, les poids lourds électriques ont atteint un niveau de maturité déterminant. Les autonomies sont adaptées à une bonne partie des cas d’usage, la fiabilité est éprouvée et les constructeurs ont industrialisé leurs gammes. Si les infrastructures de recharge doivent encore monter en puissance, les conditions sont désormais réunies pour déployer des projets concrets, à l’échelle des besoins industriels.
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Pourquoi et comment les transporteurs passent aux poids lourds électriques ?
Entretien avec Abdelhak AITSI, Directeur du développement territorial – EDF Commerce
Pourquoi les transporteurs ont-ils intérêt à électrifier leurs flottes de poids lourds dès aujourd’hui ?
AA : « Le transport routier de marchandises est à un tournant. La PPE 3 (20262035) fixe un cap clair en faveur de l’électrification. À charge transportée équivalente, un trajet en poids lourd électrique émet environ 4 à 5 fois moins de CO2 qu’un trajet en diesel. C’est une solution économique, propre et déjà pleinement opérationnelle. Par ailleurs, les camions électriques bénéficient aujourd’hui d’autonomies de plus en plus performantes, pouvant atteindre jusqu’à 600 km selon les usages. Et la charge aux dépôts la nuit permet de bénéficier de prix d’électricité très attractifs en heures creuses grâce à un pilotage intelligent de la recharge. »
Concrètement, comment EDF accompagne-t-il les transporteurs dans leurs dotations de poids lourds électriques ?
AA : « EDF accompagne les acteurs du transport de bout en bout : analyse des usages, définition de la trajectoire d’électrification, dimensionnement des infrastructures de recharge et mobilisation des dispositifs d’aides. Par exemple, les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) peuvent représenter jusqu’à 25% du coût d’acquisition d’un camion électrique et jusqu’à 50% du coût d’installation des bornes avec le programme ADVENIR. Nous proposons également des offres de fourniture d’électricité adaptées aux transporteurs et leur permettons de bloquer un prix fixe jusqu’à 5 ans ! »
Quels bénéfices concrets les transporteurs peuvent-ils attendre, à la fois économiques et environnementaux ?
AA : « Les aides proposées réduisent fortement l’investissement initial et améliorent le coût total de possession (TCO). L’électricité permet d’avoir une meilleure visibilité dans la durée que les carburants conventionnels, ce qui protège les entreprises de la volatilité des prix. À cela s’ajoutent des bénéfices majeurs : baisse de l’empreinte carbone, conformité réglementaire et valorisation de l’image auprès des clients et donneurs d’ordre. L’électrique n’est plus une solution de demain, mais une réponse concrète et compétitive dès aujourd’hui. »