Objectif 2050 : comment la France veut atteindre la neutralité carbone ?
La SNBC 3 (Stratégie nationale bas carbone) est la feuille de route de la France pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et réduire l’empreinte carbone en intégrant les émissions importées.
La SNBC 3 fixe des budgets carbone, des objectifs sectoriels et des orientations de politiques publiques, en cohérence avec la planification écologique et les engagements européens (Fit for 55, loi climat de l’UE).
Hausse d’ambition 2030 : par rapport à la SNBC 2 (-40 %), la France porte son objectif à ≈ 50 % d’émissions territoriales brutes (hors puits UTCATF(1) et puits technologiques) en 2030 par rapport à 1990.
Scénario central 2050 : ~40 MtCO2e/an d’absorptions naturelles et ~20 MtCO2e/an d’absorptions technologiques, avec de fortes incertitudes liées au climat et aux dynamiques forestières.
Empreinte carbone : la France devient le premier pays à se doter d’un objectif indicatif d’empreinte (incluant les émissions importées) : 160-215 MtCO2e en 2050 (soit 2,3-3,1 tCO2e/hab), correspondant à 71 % à 79 % par rapport à 2010. Des budgets indicatifs d’empreinte sont établis pour 2024-2028, 2029-2033, 2034-2038.
Méthode : la trajectoire est construite grâce à une modélisation détaillée par secteur (DGEC, ADEME, partenaires), qui vérifie la cohérence entre besoins en énergie et ressources comme la biomasse. Plusieurs scénarios et tests sont réalisés pour évaluer les incertitudes, notamment sur les puits de carbone. Le processus s’appuie sur une concertation publique, des groupes de travail et une coordination avec la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) et le PNACC (Plan national d’adaptation au changement climatique), au sein de la stratégie nationale bas carbone.
(1)UTCATF = Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie
Trajectoires et budgets carbone
Répartition des 3e, 4e et 5e budgets carbone de la SNBC 3 par domaines d’activité.
Répartition des 3e, 4e et 5e budgets carbone indicatifs de la SNBC 3 pour les soutes internationales calculés à partir du scénario de référence.
Les budgets en empreinte sous forme de fourchette sur les scénarios de décarbonation des partenaires commerciaux de la France
Le rythme de réduction doit être soutenu : environ –5 % par an pour les émissions territoriales hors puits jusqu’en 2030, puis une accélération est nécessaire pour atteindre la neutralité carbone, tandis que l’empreinte carbone (incluant les importations) doit baisser de –3,9 % à –5 % par an en moyenne entre 2024 et 2050.
Piliers de décarbonation par secteur (objectifs et leviers)
Transports (34 % des émissions en 2023)
Cibles : 126 MtCO2e (2023) -> 92 MtCO2e en 2030 (26 % depuis 1990) -> ~0,6 MtCO2e en 2050 (résiduel aviation domestique). Électrification massive, sobriété (maîtrise de la demande), report modal (vélo, transports collectifs, ferroviaire), covoiturage et autopartage ; carburants durables réservés aux usages difficiles (aviation, maritime, fret lourd).
Repères 2030 (ventes neuves) : 66 % de voitures particulières électriques, 51 % d’utilitaires légers électriques, 50 % de poids lourds électriques, 90 % des autobus et 30 % des autocars. Triplement de la mobilité vélo (depuis 2019), +25 % de fréquentation des transports en commun et ferroviaires, doublement du fret ferroviaire et +50 % du fret fluvial (depuis 2019). Réduction de 14,5 % de l’intensité carbone de l’énergie des transports.
Soutes internationales : trajectoire alignée avec les règlements européens ReFuelEU Aviation et FuelEU Maritime, qui imposent une incorporation croissante de carburants durables jusqu’à une quasi décarbonation en 2050. Des budgets spécifiques sont prévus dans la SNBC 3 pour ces émissions.
Bâtiments (15 % des émissions en 2023)
Cibles : 57 MtCO2e (2023) -> 37 MtCO2e en 2030 (60 % depuis 1990) -> 3 MtCO2e en 2050.
Rénovation énergétique : 700 000 rénovations/an (2025 2030) dont 250 000 rénovations d’ampleur, éradication des passoires thermiques à l’horizon 2035 2040, RE2020 pour le neuf, déploiement massif des PAC (8,8 millions de PAC installées en parc en 2030), sobriété (19 °C pour le chauffage et 26 °C pour la climatisation), sortie du fioul en 2035 et substitution progressive du gaz.
Industrie (17 % des émissions en 2023)
Cibles : 63 MtCO2e (2023) -> 45 MtCO2e en 2030 ( 68 % depuis 1990) -> 4MtCO2e en 2050 (hors puits).
Changement de procédés, électrification, hydrogène bas carbone (5 TWh en 2030 -> 22 TWh en 2050), montée en puissance de la chaleur CSR, biomasse pour les usages à haute température, CCUS (captage stockage/valorisation) et prix compétitif de l’électricité décarbonée. Réindustrialisation verte et économie circulaire (sobriété matière).
Énergie – production et transformation (10 % des émissions en 2023)
Cibles : 37 MtCO2e (2023) -> 26 MtCO2e en 2030 (67 % depuis 1990) -> 3 MtCO2e en 2050 (hors puits).
Sortie du charbon, sortie du pétrole en 2040 2045, fin du gaz fossile en 2050 (remplacement par le biométhane et d’autres gaz bas carbone). Développement de l’électricité décarbonée (nucléaire et ENR), de l’hydrogène (stratégie nationale), des bioénergies, des flexibilités (stockage, effacement) et du captage (8,5-16 MtCO2e en 2050 pour le secteur de l’énergie).
Agriculture (20 % des émissions en 2023)
Cibles : 76 MtCO2e (2023) -> 67 MtCO2e en 2030 (28 % depuis 1990) -> 43 MtCO2e en 2050.
Agroécologie (36 % des surfaces en 2030 -> 50 % en 2050), bio (~21 % -> 25 %), déployer des techniques d’agriculture de précision (+15 % des surfaces en 2030), pâturage accru (préservation des prairies permanentes), réduction des engrais minéraux, méthanisation des effluents, couverture des fosses à lisier, évolution des régimes alimentaires (davantage de fruits et légumineuses), 50 % de gaspillage alimentaire (2030 par rapport à 2015), autonomie protéique (50 % des importations de soja en 2030, objectif 2050 : atteindre 43 MtCO2eq vs 76 MtCO2eq en 2023).
Déchets (4 % des émissions en 2023)
Cibles : 16 MtCO2e (2023) -> MtCO2e en 2030 ( 28 % depuis 1990) -> 8 MtCO2e en 2050.
Prévention et réduction des volumes (15 % pour les déchets ménagers en 2030 par rapport à 2010, 5 % pour les déchets d’activités économiques), 40 % des déchets stockés en ISDND (2022 – 2030) et 70 % (2022 – 2050), tri à la source des biodéchets, captage du biométhane en ISDND, montée de la filière des Combustibles Solides de Récupération (4 Mt traités en 2030), valorisation matière et énergie.
Puits naturel – UTCATF (secteur des terres et forêts)
Constat : puits net de -37,3 Mt CO2e/an en 2023, en baisse tendancielle depuis 2013 (sécheresses, incendies, crises sanitaires). Le règlement UTCATF fixe pour la France l’objectif d’une augmentation du puits de 6,7 Mt CO2e entre la moyenne des années 2016 à 2018 et l’année 2030.
Scénario central SNBC 3 : -25 Mt en 2030 (hors sols forestiers), incertitudes fortes et flexibilités prévues par le règlement.
Leviers : adaptation et régénération forestière (10 % des forêts d’ici 2032), défense contre les incendies, boisement, haies, agroforesterie, usage du bois matériau (stockage 3 MtCO2/an en 2030), atteindre l’objectif zéro artificialisation nette en 2050.
Consommation d’énergie
L’objectif européen de la Directive de l’Efficacité Energétique (DEE) est de descendre à 1 243 TWh en 2030, soit -29 % par rapport à 2012, puis -50 % en 2050 (Code de l’énergie). La SNBC 3 prévoit une trajectoire nationale : environ 1 481 TWh en 2030 et 1 195 TWh en 2050.
Cette baisse est obtenue malgré la hausse des usages électriques (mobilité, chauffage, industrie, hydrogène) grâce à la sobriété et l’efficacité énergétique.
À retenir
Cap : neutralité 2050 malgré la baisse du puits naturel, montée prudente des puits technologiques et une division par plus de 8 des émissions brutes par rapport à 1990.
Court terme (2024–2030) : réussir la sortie du charbon, atteindre –29 % d’énergie finale (DEE), accélérer la baisse des émissions (~–5 %/an), déployer massivement véhicules électriques, PAC, ENR, réseaux et sobriété.
Justice et compétitivité : cibler les aides, garantir un coût de l’énergie compétitif et une stabilité des approvisionnements, soutenir la réindustrialisation verte et favoriser une préférence européenne.