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L’hydrogène au service de la décarbonation du transport et de l’industrie

L’hydrogène est très prometteur pour une transition rapide vers une société plus durable. Tant dans l’industrie que dans la mobilité, plusieurs grands projets témoignent déjà des possibilités et de la valeur ajoutée durable et économique de l’hydrogène.

Entretien avec Pascal Legrand, responsable du développement de l’hydrogène pour la mobilité et la transition énergétique en France pour Air Products.

Pourquoi l’hydrogène est-il si important pour l’avènement d’une société durable ?
Pascal Legrand : L’hydrogène connaît un intérêt croissant, ces cinq dernières années. D’une part, il peut servir de vecteur énergétique renouvelable, qui ne rejette pas de CO2 lorsque vous en libérez l’énergie. Par exemple, un camion alimenté à l’hydrogène n’émet pas de CO2, mais uniquement de l’eau. De plus, l’hydrogène contribue à diversifier notre système énergétique et à nous rendre plus indépendants du gaz naturel ; ceci a également été confirmé dans les plans récents de la Commission européenne.

Quelle valeur ajoutée l’hydrogène offre-t-il pour la mobilité et l’industrie ?
P. L. : Ce sont principalement les secteurs difficiles à décarboner, comme le transport routier, les bus, les trains et le transport maritime, qui connaîtront des avancées considérables grâce à l’hydrogène. Avec l’hydrogène, vous n’avez pas besoin de stocker l’électricité dans le véhicule, puisqu’elle y est directement produite. Cette production ne libère que de l’eau. De plus, vous conservez votre capacité de charge et une grande autonomie, car le véhicule n’a pas besoin d’une batterie lourde. L’électricité reste quant à elle préférable pour le transport léger comme les voitures particulières, les utilitaires et les camions légers. Dans ce domaine, l’hydrogène et l’électricité sont donc totalement complémentaires.
« Avec l’hydrogène, vous n’avez pas besoin de stocker l’électricité dans le véhicule, puisqu’elle y est directement produite ».
L’hydrogène vert et l’hydrogène bleu constituent en outre une opportunité pour la décarbonation de l’industrie. Ils servent en effet de matière de base pour la production de certaines substances, comme l’ammoniac et le méthanol, indispensables à de nombreux produits. Grâce à l’utilisation de ces deux éléments, cette production génère beaucoup moins de CO2.

Quelle est la différence entre les hydrogènes vert, bleu et gris ?
P. L. : Plus de 60 millions de tonnes d’hydrogène sont produites dans le monde. À l’heure actuelle, la majorité est produite à base de gaz naturel qui libère du CO2 dans l’air. C’est ce qu’on appelle l’hydrogène gris. En revanche, lorsque le CO2 émis est récupéré pour être stocké ou réutilisé, on parle d’hydrogène bleu. Air Products fut l’un des premiers à appliquer ce système à grande échelle. Récemment, nous avons également annoncé la construction de deux grandes unités de production d’hydrogène bleu aux États-Unis et au Canada.
L’hydrogène vert est produit quant à lui à partir d’électricité verte (énergie solaire et éolienne). Nous construisons actuellement la plus grande installation d’hydrogène vert au monde dans le cadre du projet NEOM Green Hydrogen. Avec 4 gigawatts d’énergie solaire et éolienne, environ 650 tonnes d’hydrogène vert seront produites chaque jour, et distribuées ensuite dans le monde entier. Le projet, développé par Air Products en collaboration avec ACWA Power et NEOM, a reçu récemment, pour la deuxième fois, le Green Hydrogen Project Award à l’occasion du World Hydrogen Summit à Rotterdam.

Que peut apporter Air Products dans ce domaine ?
P. L. : Air Products est le plus grand producteur d’hydrogène au monde. Nous exploitons quelque 1 100 km de pipelines, qui transportent environ 3 millions de tonnes d’hydrogène par an. Nous étions déjà impliqués dans plus de 250 projets de stations de ravitaillement en hydrogène dans le monde, soit 1,5 million de ravitaillements en carburant hydrogène par an. Forts de 60 années d’expérience, nous avons développé de nombreuses technologies pour une production d’hydrogène sûre. Les grands projets en cours nous permettront de produire de l’hydrogène bleu et vert. Nous sommes les premiers à réaliser des projets d’une telle envergure.
En résumé :

  • L’hydrogène gris est produit à base de gaz naturel qui libère du CO2 dans l’air.
  • Lorsque le CO2 émis est récupéré pour être stocké ou réutilisé, on parle d’hydrogène bleu.
  • L’hydrogène vert est produit quant à lui à partir d’électricité verte.

Dites-nous en plus sur ces projets…
P. L. : Nous souhaitons exploiter l’hydrogène pour le transport. Dans cette optique, nous construisons un réseau de stations de ravitaillement en hydrogène pour les camions. Une des premières stations sera construite dans le port de Rotterdam. Elle sera la plus grande station pour camions des Pays-Bas. Avec nos partenaires et les autorités locales, nous travaillons également à une station de ravitaillement pour bus à Hürth (Allemagne) et nous organisons des démonstrations pour bus et camions à hydrogène comme à Albi et Alès (France). Tout récemment, nous avons fourni de l’hydrogène pour le tout premier train à hydrogène en République tchèque et en Slovaquie. Nous démontrons ainsi la valeur ajoutée de l’hydrogène pour nos partenaires qui souhaitent décarboner leur flotte.