Retour sur le FIRE 2026, 11ème édition du forum de la chaleur industrielle
Le FIRE 2026, organisé par ALLICE et le Cetiat, s'est tenu le 22 septembre au Palais des Congrès de Lyon...
Le FIRE 2026, organisé par ALLICE et le Cetiat, s'est tenu le 22 septembre au Palais des Congrès de Lyon...

L’événement a confirmé une tendance : la décarbonation de l’industrie se joue aussi, et surtout, dans l’usage et la production de chaleur.
Plusieurs annonces ont marqué cette édition : la mise à jour du guide de la « Chaleur Fatale », le lancement de l’AMI de Je Décarbone pour l’agroalimentaire, ainsi que des retours d’expérience démontrant la pertinence de certaines technologies. Les industriels et les territoires disposent désormais d’une boîte à outils mature pour produire et revaloriser la chaleur de leurs sites.
Chaleur fatale : un gisement qui diminue tout en restant stratégique
L’un des temps forts de cette édition a été la présentation de la mise à jour du guide « Chaleur Fatale », dont la nouvelle version paraîtra début octobre, près de neuf ans après la précédente. Le gisement national a fondu : estimé à 109 TWh en 2017, il ne représente plus que 66 TWh aujourd’hui. La sobriété et l’efficacité énergétiques n’en sont malheureusement pas les seules causes ; la fermeture de certains sites industriels participe également à cette chute.
Sur ce gisement restant, environ 35 TWh correspondent à des flux à haute température (>80 °C), tels que les buées de séchoirs, les fours et les fumées de chaudières. L’industrie agroalimentaire demeure le premier contributeur avec 28 % de ces 66 TWh. Au final, on estime à 20 TWh le potentiel techniquement valorisable. La question n’est donc plus seulement d’identifier la ressource, mais de lever les freins techniques et économiques pour la capter.
S’appuyer sur le marché de l’électricité pour décarboner sa chaleur
La table ronde consacrée au Power-to-Heat a illustré comment l’électrification des usages thermiques devient un outil de flexibilité indispensable. Ecotech Ceram a détaillé la décarbonation des procédés chez Villeroy & Boch : entre électrification directe et hybridation de fours (brûleurs gaz/électrique), l’usine ajuste désormais sa consommation en fonction des tarifs de l’électricité. Le système « Eco Stock » permet d’activer les processus quand l’électricité est abondante et peu chère, et de basculer sur le gaz ou le déstockage lors des pics tarifaires.
Dans la même logique, la société Epyr a présenté une solution de stockage thermique par briques réfractaires capable de stocker de l’air chaud entre 800 et 1000 °C. Déployé chez le papetier Wepa dans le Grand Est, ce système permet de lisser la consommation et de sécuriser l’approvisionnement en chaleur décarbonée.
« Je décarbone » lance une opération ciblée sur les pompes à chaleur industrielles
Dans la continuité des tables rondes, l’initiative collective « Je décarbone », soutenue par l’Ademe et portée par le CSF Nouveaux Systèmes Énergétiques, a annoncé le lancement d’un Appel à Manifestation d’Intérêt pour enclencher une dynamique forte de transition énergétique. La démarche s’articule autour de trois principes : expliquer la pertinence technique et économique des solutions, inspirer à travers des témoignages, et mettre en relation l’offre et la demande.
Cette première Opération Ciblée porte sur les pompes à chaleur industrielles dans le secteur agroalimentaire, avec un usage spécifique : la réhausse de température de chaleur fatale. Il s’agit d’électrifier partiellement un procédé thermique pour en augmenter le rendement et réduire significativement ses émissions de CO2.
Les segments industriels visés par cette opération sont :
Sur ces segments, grâce aux niveaux de température impliqués, la pompe à chaleur utilisée en réhausse de température de chaleur fatale peut atteindre des performances énergétiques (COP) qui garantissent la rentabilité de la solution.
Les dates clés à retenir
24 septembre : lancement de l’AMI ;
4 novembre : fin des candidatures ;
18 novembre : réunion d’engagement pour devenir partenaire ;
Fin novembre : mise en ligne de l’annuaire et publication du guide.
Ancrage territorial : quand l’industrie chauffe la ville
La décarbonation passe aussi par le lien avec le territoire. À Vénissieux, dans le Rhône (69), le groupe Tokai Cobex, fabricant de cathodes, collabore avec Dalkia pour injecter sa chaleur fatale dans le réseau de chaleur urbain, alimentant ainsi 4 000 logements. Un échangeur de 4 MW a été installé pour produire l’équivalent de 26 000 MWh par an, évitant l’émission de 6 000 tonnes équivalent CO2.
Les leviers de réussite de ce projet résident avant tout dans la communication entre les parties prenantes et la proximité du réseau de chaleur existant, situé à environ 1 km du site industriel dans ce cas précis.
Conclusion : Décarboner maintenant avec des systèmes évolutifs
Comme l’a souligné un intervenant de Five, présentant un brûleur hybride e-Ductflame déployé chez Saint-Gobain, en Italie : « Il faut décarboner maintenant avec des systèmes évolutifs pour continuer à décarboner demain. »
Les présentations lors du FIRE 2026 l’ont montré : entre hybridation, stockage haute température et collaborations, les solutions sont opérationnelles. Les entreprises disposent aujourd’hui des clés pour transformer les crises énergétiques à répétition en un point de bascule vers une production sobre, décarbonée et résiliente.