Interview avec Anne-Sophie Bailbled, directrice transition environnementale chez Arkéa Banque Entreprises & Institutionnels
Dans un monde où les chocs énergétiques se multiplient, comment la filière EnR s’adapte-t-elle à ces nouvelles réalités ?
Dans un monde où les chocs énergétiques se multiplient, comment la filière EnR s’adapte-t-elle à ces nouvelles réalités ?

Dans un monde où les chocs énergétiques se multiplient, comment la filière EnR s’adapte-t-elle à ces nouvelles réalités ?
La crise gazière européenne, la reprise post-Covid, puis les tensions géopolitiques ont fait monter la volatilité des prix de l’électricité et du gaz. Cette incertitude accélère la demande d’actifs décarbonés et de schémas qui sécurisent le coût de l’énergie sur la durée (PPA, autoconsommation, stockage).
Le rythme d’industrialisation solaire/éolien bute sur des délais de raccordement et de renforcement des réseaux, ce qui favorise des modèles distribués (toitures, ombrières, autoconsommation individuelle et collective) et des solutions locales d’optimisation/efficacité énergétique.
La hausse des taux a relevé les exigences de rentabilité et renforcé l’importance des structures de dette adaptées, des maturités longues et d’indicateurs extra-financiers bien définis pour sécuriser les financements.
Conséquences pour la filière : montée en puissance des projets décentralisés, besoin d’ingénierie financière plus fine (contrats à long terme, structuration des risques volume/prix), diversification vers le biogaz/valorisation des déchets, et priorité aux projets améliorant l’empreinte énergétique des sites (industrie, tertiaire, collectivités).
Comment appréhendez-vous l’arrivée massive des solutions de stockage (BESS) ?
L’autoconsommation avec stockage représente une solution concrète et adaptée aux enjeux actuels. Ce modèle permet d’anticiper les défis énergétiques de demain avec les moyens dont nous disposons aujourd’hui. Il favorise une gestion intelligente et décentralisée de l’énergie, au plus près des besoins des territoires, tout en créant des synergies entre acteurs locaux. Financer ces projets demande une approche au cas par cas, car leurs risques sont plus complexes à évaluer que ceux des grandes centrales photovoltaïques classiques. Mais c’est précisément cette capacité d’adaptation qui fera la force de la filière, en lui permettant d’innover et de se structurer durablement.
Pour soutenir cette dynamique, nous avons besoin de visibilité, de stabilité réglementaire, et surtout, que les acteurs publics facilitent les raccordements et encouragent le financement de ces solutions d’autoconsommation collective. C’est un enjeu clé pour accompagner la transition énergétique, dynamiser l’économie locale et accélérer la sortie des énergies fossiles.
Comment le Crédit Mutuel Arkéa accompagne la transition ?
La filiale du groupe Crédit Mutuel Arkéa, Arkéa Banque Entreprises & Institutionnels, dédiée au financement des entreprises, des acteurs publics locaux et des professionnels de l’immobilier, s’affirme comme une banque de référence dans le paysage du financement des énergies renouvelables en France, avec 1 Md€ d’encours au sein de sa Direction de la Transition Environnementale (2024). Et la tendance n’est pas au renoncement.
Créée en 2022, à qui s’adresse la Direction de la Transition Environnementale (DTE) d’Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels ?
Composée de 5 experts au démarrage, elle compte aujourd’hui 12 collaborateurs. Cette équipe commerciale à part entière travaille main dans la main avec les chargés d’affaires de la banque. Elle est en mesure de proposer un coverage global sur tous les sujets liés aux financements de transition. L’expertise de notre Direction de la Transition Environnementale, composée de spécialistes en ingénierie financière, combinée à la proximité de nos chargés d’affaires, nous permet d’apporter un accompagnement global à tous nos clients sur ces sujets qui ne sont pas réservés aux entreprises dont c’est l’objet social.
Quels sont vos secteurs de prédilection ?
Les activités solaire et éolien représentent une partie importante de notre activité avec de très beaux projets partout en France. Récemment, notre client Enoé a bouclé un financement de 100 M€ destiné à la construction de 347 centrales photovoltaïques qui permettront d’alimenter près de 18 000 foyers par an. L’AREC Occitanie a finalisé la levée de fonds pour son portefeuille OO2, soit 47 ombrières produisant 11 MWc. Dans les Hauts-de-France, TTR Energy a clôturé un financement bancaire senior de 74 M€ pour le parc éolien de Tortille, qui fournira 115 GWh d’électricité renouvelable par an.
Néanmoins nous avons opéré depuis quelques années une diversification de notre deal flow afin d’être actifs sur d’autres sujets tels que la valorisation des déchets, les projets biogaz, les biocarburants… Et les projets ne manquent pas ! En mars dernier, CVE Biogaz a sécurisé 45,2 M€ pour trois unités développant le biométhane en Bretagne, dans le Grand Est et dans l’Allier, pour une production totale de 86 GWh annuels.
Ces réalisations témoignent de notre capacité à structurer et financer des projets diversifiés, de la plus petite ombrière à la grande centrale, en lien étroit avec les collectivités et les industriels locaux. Et nous avons pour ambition de mettre l’accent sur des sujets plus industriels liés à l’efficacité énergétique et à la décarbonation.
