Ce hors-série vient alimenter les réflexions, partager des éléments de veille et éclairer les travaux menés autour des « Small Modular Reactors » qui offrent de nouvelles perspectives à la filière nucléaire et au développement économique.
Dans la continuité du discours du président de la République, sur la politique de l’énergie, à Belfort le 10 février 2022, le nucléaire retrouve un intérêt en France en 2026. La récente sortie de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE3) vient confirmer ce revirement de situation avec tout de même des éléments à contraster. Pôlénergie s’intéresse depuis 2022, année de lancement de l’appel à projets France 2030 « réacteurs nucléaires innovants » aux projets de SMR et a donc initié des travaux dans le domaine. Ce hors-série constitue un premier socle de partage des éléments rassemblés et travaillés ces dernières années. La publication fait également écho à l’annonce des deux premiers lauréats de la seconde phase de l’AAP France 2030, Jimmy et Calogena tous deux adhérents de Pôlénergie depuis plusieurs années.
Un atout stratégique, héritage du passé
La filière nucléaire française, ou plutôt électronucléaire française, représente un atout important du système électrique national. La lecture que nous en faisons est qu’elle apporte aujourd’hui :
Une faible teneur en émissions de carbone de notre électricité ;
Un atout de compétitivité sur des actifs amortis ;
Une source d’électricité de base qui permet une qualité et une quantité de fourniture.
Bien qu’abondante sur le territoire national, l’électricité ne représente qu’un peu plus du quart de l’énergie finale consommée et celle-ci est relativement stable en volume depuis plusieurs années. Les ambitions nationales visent une augmentation de cette consommation finale d’électricité, les faits démontrent que la transition ne se fait pas aussi facilement et rapidement, principalement car cela nécessite des investissements massifs à l’usage. Aujourd’hui, les efforts se sont concentrés sur une augmentation de l’offre en électricité mais n’adressent pas suffisamment les besoins des utilisateurs dans les changements profonds nécessaires à l’électrification de la demande. Cela entraîne donc une altération de l’utilisation du parc électronucléaire qui assure parfois la flexibilité de l’offre et doit être complémentaire avec les nouvelles sources de production électrique qui arrivent sur le réseau.
Alors que l’on rouvre un chapitre du nucléaire avec le prolongement du parc historique et l’arrivée de nouveaux EPR2, les propositions se sont assez peu intéressées à la demande. Peu de consultations des industriels grands consommateurs d’énergie pour qui la stratégie nationale a des conséquences directes dans leurs plans de développement, de transition et donc d’investissements. Aucun débat sur le nucléaire à déployer et sur la place que celui-ci peut occuper notamment en matière de production thermique.
Bien que la France soit un important producteur d’énergie primaire principalement lié à la filière nucléaire, cela ne se traduit pas dans les chiffres de la consommation d’énergie finale. En 2024, le parc nucléaire a produit plus de 1 000 TWh d’énergie primaire (thermique) mais le réseau électrique n’en a bénéficié qu’à hauteur de 360 TWh car près des 2/3 de l’énergie est perdue lors de la conversion de la chaleur en électricité.
La France se place donc toujours comme un important importateur d’énergie et en particulier de produits pétroliers et de gaz naturel et ce sont à ces cibles que doit s’attaquer le déploiement de nouvelles capacités de production énergétique or, l’électricité seule ne remplacera pas tous les usages du gaz naturel et du pétrole. La question des usages énergétiques est finalement peu posée et peu adressée, c’est en cela que nous voyons, dans les réflexions ces porteurs de projet « SMR », une dynamique nouvelle.
Lors des premiers échanges avec les « start-ups » du nucléaire, Pôlénergie y a vu une opportunité de pouvoir s’appuyer sur ces nouveaux offreurs afin de poursuivre la mission de décarbonation des entreprises et des territoires des Hauts-de-France. L’approche consiste à aider, renseigner et parfois collaborer avec les porteurs de projets pour assurer une cohérence dans le développement de leur solutions énergétiques. Cela s’est traduit avant tout par une partage des usages énergétiques et des usagers, mais aussi par une intégration de ces objets dans le paysage énergétique et le tissu économique régional.
Valoriser l’énergie thermique
Dans la mesure où notre connaissance des usages énergétiques place la chaleur comme un besoin permanent et conséquent pour l’industrie, le logement et le tertiaire, les approches pour la fourniture de chaleur nous paraissent pertinentes. Pour maximiser la valorisation énergétique de la fission nucléaire, les développements de SMR se tournent vers une valorisation des calories ou bien une cogénération plutôt que l’électricité seule. C’est précisément ce point qui peut rendre le SMR pertinent et compétitif.
Changer d’échelle pour accélérer le déploiement
Pour s’adapter aux besoins énergétiques des territoires, les SMR offrent des puissances inférieures au nucléaire conventionnel de quelques dizaines de MW à plusieurs centaines de MW. Cette perspective offre de nouvelles opportunités à des territoires de pouvoir apporter un outil énergétique, source d’attractivité économique. Outre les objectifs économiques de réduction des temps de construction, de concentration des capitaux et de gains en industrialisation, l’échelle du SMR peut apporter une réponse adaptée à des problématiques énergétiques locales. En complément d’une taille d’installation sobre, les délais annoncés pour le déploiement et la construction constituent un argument phare pour atteindre des objectifs énergétiques et climatiques ambitieux.
Développer de nouvelles générations de réacteur
Les SMR offrent également des perspectives de développement des réacteurs dits de quatrième génération pour améliorer la durabilité, la sûreté nucléaire, la compétitivité économique et la résistance à la prolifération nucléaire. Dans ce domaine, la France dispose d’atouts solides avec d’anciens programmes sur les réacteurs à neutrons rapides, une filière combustible intégrée, mais aussi un stock de combustible usagé qui pourrait devenir un pilier de la fourniture énergétique nationale dans les prochaines décennies.
Apporter des services énergétiques
Le SMR peut aussi se présenter comme une plateforme énergétique territoriale qui peut apporter différents services aux acteurs économiques, aux territoires et aux infrastructures :
Fournir une énergie décarbonée et pilotable
Sécuriser l’approvisionnement énergétique du territoire
Apporter des services aux réseaux électriques
Alimenter des réseaux de chaleur urbains et industriels
Appuyer la production de nouveaux produits énergétiques
Cet ensemble permet de faire du SMR un levier de développement territorial avec à la clé, différentes retombées telles que des emplois industriels, de l’attractivité pour les activités énergo-intensives, une stabilité des coûts de l’énergie et une structuration de nouvelles filières industrielles. C’est donc plus qu’un actif énergétique qui se développe, mais un nouvel outil d’attractivité du territoire promis.
Pôlénergie s’est donc plongé dans un benchmark pour comprendre les enjeux propres à cette filière, le positionnement des lauréats de France 2030 et établir un panorama mondial.