CLHYYN : L’hydrogène vert peut-il révolutionner la mobilité sans sacrifier l’économie ?
Peut-on rendre l’hydrogène vert à la fois plus sobre, plus accessible et économiquement viable ? CLHYNN présente son pari technologique et industriel pour relever ce défi.
Comment une start-up française peut-elle concilier innovation technologique, enjeux environnementaux et viabilité économique dans le secteur de l’hydrogène vert ?
En 2026, la transition énergétique reste l’un des défis majeurs du XXIe siècle. Parmi les acteurs émergents, la start-up bisontine CLHYNN se distingue par une promesse audacieuse : démocratiser l’hydrogène vert grâce à une pile à combustible révolutionnaire, moins coûteuse et plus durable et la fourniture en hydrogène in-situ par cartouches solides inertes pour alimenter la pile sans recours aux infrastructures de production/transport/distribution/stockage.
Fondée en 2022 par Jean-Patrick Corso et Bernard Gauthier-Manuel, chercheur au CNRS, l’entreprise incarne une réponse concrète à la question de la décarbonation des transports et des usages stationnaires, tout en illustrant les tensions entre innovation, écologie et rentabilité économique.
Plusieurs innovations de rupture : un cœur de pile à combustible sans PFAS (polluants éternels) ni matériaux critiques, une compacité remarquable et une génération d’hydrogène in-situ
CLHYNN a développé une technologie de pile à combustible utilisant des membranes innovantes sans PFAS associées à un catalyseur nickel à la place du platine, un métal rare et onéreux, dont le coût est environ 1 000 fois supérieur. Cette substitution permet non seulement de réduire drastiquement les coûts de production, mais aussi de s’affranchir d’une dépendance géopolitique forte (l’Afrique du Sud et la Russie détiennent 90 % des réserves mondiales de platine). La pile CLHYNN se distingue également par sa capacité à générer elle-même son hydrogène à partir d’une substance solide et inerte mais active à l’eau et valorisable en engrais après utilisation, une première qui lui a valu de nombreux prix en France et à l’International. Ces innovations, brevetées et soutenues par Bpifrance et la région Bourgogne-Franche-Comté, ouvrent des perspectives pour des applications variées :groupes électrogènes de secours et « range extenders » dans le stationnaire, et pour la mobilité : scooters, chariots élévateurs, bateaux, voire à terme, voitures et bus.
Un modèle économique en construction
Malgré son potentiel, CLHYNN doit relever plusieurs défis. D’abord, celui de la finalisation de son industrialisation : après avoir été certifiée ISO9001 en 2025, la société, qui emploie plus de 15 personnes en 2025, prévoit la mise en place de sa première usine en 2026, précédant l’ouverture de plusieurs usines dans le Monde pour la fourniture de cartouches dans les pays utilisateurs, avec un objectif de chiffre d’affaires dépassant les 50 millions d’euros à l’horizon 2030. Un pari ambitieux, alors que la filière hydrogène française traverse une crise de demande et de rentabilité, comme le souligne la révision de la stratégie nationale hydrogène en 2025. CLHYNN, qui revendique être une véritable 3° voie en complément des batteries et de l’hydrogène classique, mise sur des partenariats internationaux en cours de consolidation, pour accélérer son développement à l’export et lever les fonds nécessaires à son passage à l’échelle industrielle.
Les enjeux environnementaux et sociétaux
La technologie de CLHYNN répond à une double attente : réduire l’empreinte carbone des transports et du stationnaire, et proposer une alternative aux batteries électriques, dont la production et le recyclage posent des questions environnementales. En évitant les dérivés fluorés, polluants et persistants, la pile CLHYNN se positionne comme une solution plus verte. Cependant, son succès dépendra de sa capacité à convaincre les industriels et les pouvoirs publics de son efficacité et de sa compétitivité face aux énergies fossiles et aux batteries lithium-ion.
Un écosystème favorable mais incertain
La France a investi 9 milliards d’euros dans l’hydrogène décarboné depuis 2020, mais la filière peine à décoller en raison d’un manque de demande et de coûts encore élevés. CLHYNN, qui utilise les avantages de l’hydrogène sans ses contraintes, bénéficie, en plus, d’un contexte régional dynamique (laboratoires à Besançon et L’Isle-sur-le-Doubs, soutien de la BPI incl ; France 2030 et French Tech BFC) et d’une reconnaissance croissante (sélection parmi les « 100 start-up où investir en 2024 » par Challenges). Pourtant, son avenir dépendra aussi de la capacité des pouvoirs publics à maintenir leur soutien en effet levier de la levée de fonds en cours.
Vers une mobilité décarbonée ?
CLHYNN incarne l’espoir d’une mobilité plus propre, mais son parcours illustre les défis auxquels font face les start-up deeptech : lever des fonds, pour finaliser l’industrialisation de ses innovations, et son déploiement dans un marché européen puis mondial grâce à l’absence de contraintes d’infrastructures. Son succès pourrait alors marquer un véritable tournant dans la transition énergétique, constituant ainsi le leader mondial d’une nouvelle filière souveraine de l’énergie.
Conclusion
CLHYNN montre que l’innovation peut concilier écologie et performance économique, à condition de trouver un équilibre entre soutien public, partenariats industriels et acceptation marché. Son histoire rappelle que la révolution verte ne se décrète pas : elle se construit, pas à pas, par des solutions concrètes et audacieuses.