Newsletters Espace adhérent
Nos actualités

< Retour

Management du changement : de l’action au sens et du sens à l’action.

11 Fév. 19

La Plénière conclusive des Assises Européennes de la Transition Energétique à Dunkerque, animée par Pôlénergie et Oliver Bérut (onpeutparfairelemonde.com), a souhaité envisager la question du management du changement. La transition énergétique n’est qu’une des transitions de notre monde, les changements de paradigmes que nous vivons attisent les questions du sens ; celles-ci se posent de manière cruciale lorsque les sens manquent et exacerbent le relativisme ou lorsqu’ils s’imposent sous l’effet des intégrismes ou de manipulations idéologiques. Manager le changement nécessite un relai entre actions et sens pour fédérer et mobiliser les énergies de tous. Pour donner consistance à ce relai entre actions et sens, l’idée était de convoquer universités (Université de Lille et Université Catholique de Lille), lieux emblématiques de transmission du savoir et des sens, et entreprises (Engie et Française de l’Energie) engagées dans leurs propres mutations et questionnées par la manière de mobiliser des équipes pour mettre en œuvre ce changement.

Pour Pierre Giorgini, il est nécessaire de revenir à la signification première du mot économie : l’« oikos-nomos », en grec, intègre tout autant l’idée de prendre soin de la maison commune que de prendre soin de soi et de l’humain. L’oikos-nomos n’est plus une invitation à considérer l’environnement, l’être humain comme un sujet d’étude extérieur, à l’instar de la pratique des Lumières, mais à envisager l’homme comme partie prenante de la complexité qui l’entoure. Il s’agit de réinventer les technologies par le bas en intégrant dans la réflexion tout autant les vulnérabilités de l’environnement que les fragilités humaines. La nature elle-même dans son évolution procède de la sorte, puisque dans un même mouvement elle apprend de son environnement et apprend à son environnement ; chaque être vivant optimise son entropie par un échange d’information avec son environnement (Thomas Roddier). Etonnant de voir que c’est depuis l’apparition de l’homme, animal conscient de lui-même et de ce qu’il fait, et de manière encore plus forte depuis les Lumières, que cet équilibre naturel s’est rompu avec la consommation exponentielle des énergies fossiles, au détriment de l’environnement … Le biomimétisme pourrait être une des clés de l’avenir : non pas pour revenir à l’âge de la charrette, non pas non plus pour se fier uniquement aux technologies qui enferment dans un cercle vicieux de plus en plus technique (Jacques Ellul), mais pour copier la nature qui évolue de proche en proche par échange d’informations et inventer des « technologies de l’alliance » avec l’environnement. Voilà pourquoi l’université est à redécouvrir comme un lieu qui fait sens : lieu non pas seulement de la dispensation du savoir mais de l’expérimentation économique des pratiques de la vie : je teste, j’essaye de nouveaux modèles, je bouleverse les règles économiques connues pour réapprendre à prendre soin de la maison commune. La conséquence est bien-sûr une redéfinition des modalités de fonctionnement économique: écoquartier ou l’on co-élabore un vivre ensemble, passage d’une économie distributive à une économie contributive, développement du « do it yourself » où chacun fabrique lui-même les éléments lui permettant de limiter son empreinte énergétique, passage d’une économie productive à une économie à intensité créative et relationnelle, réévaluation du couple travail/emploi, sans que cela implique la disparition du travail d’ailleurs, distinction dans les rapports économiques entre ce qui fonde le prix et ce qui fonde la valeur d’un bien ou d’un service.

Sandrine Rousseau témoigne de la même conception de l’université lorsqu’elle analyse ce qui amène les citoyens à entrer dans des ruptures de comportement. Face à une équation écologique de plus en plus contraignante, comment garder chez l’étudiant une forme de liberté, d’envie, comment décider d’abandonner librement certains comportements ? Sa proposition est d’expérimenter au sein du campus de Lille la mise en place des quotas individuels de carbone, justement pour que les étudiants décident par eux-mêmes ce qu’ils veulent privilégier dans leur mode de vie. L’université de Lille a d’ailleurs déjà expérimenté un système de compensation carbone pour les voyages en avion des professeurs et étudiants effectués dans le cadre des travaux universitaires : près de 6000 arbres ont ainsi été plantés sur le campus de Lille 1. C’est toujours l’idée de réappropriation de ses choix qui préside à la mise en place sur le campus de Lille de 2 ha de jardins potagers pour les étudiants ou d’une chaîne d’épiceries solidaires s’approvisionnant en circuits courts.

Lorsqu’on s’appelle Engie ou la Française de l’Energie, les mêmes types de réponses se mettent en place: le travail en groupe projet se généralise en interne, les partenariats entre grands groupes et startups se développent, l’innovation invite à travailler de proche en proche pour mieux convaincre, les collaborateurs sont encouragés à tirer parti aussi de leurs échecs, l’initiative des salariés est promue, de nouveaux modèles économiques apparaissent où ce qui avait une valeur négative hier est revue aujourd’hui positivement, etc.. Des tiers lieux se mettent en place où se convoquent ancien et nouveau monde. L’heure n’est plus pour les entreprises au « green washing », atteste Pierre Giorgini, les démarches d’évolution des entreprises sont sincères et profondes , elles se confrontent cependant à des temporalités différentes : le monde d’avant a du mal à s’adapter et à dépasser seul les enjeux que le monde de demain lui propose. C’est là encore pour Pierre Giorgini, l’exemple du vivant et la dynamique d’apprentissage qui reste le moteur d’un changement sans effondrement brutal.

Dans un monde de déconstruction des lieux qui faisaient sens, il importe de recréer ces nouveaux lieux porteurs de nouveaux sens, où peuvent, par l’expérience et l’apprentissage de proche en proche, se reconstruire une nouvelle articulation signifiante entre le global et l’individuel, entre les enjeux du passé et l’accompagnement des transitions qui transforment l’économie. L’ouverture de la plénière sur la civilisation sumérienne à l’anthropocène était là, sur un mode allégorique, pour rappeler que l’homme a su passer du chasseur-cueilleur au sédentaire puis à l’homme des Cités-Etats, puis à nos civilisations contemporaines complexes en relevant les enjeux colossaux auxquels il était confronté. « Quand le pire est une évidence, souvent le meilleur se prépare », note Pierre Giorgini en citant Jacques Arène…

Comme un suite à cette plénière qui se voulait exploratoire, Pôlénergie proposera prochainement, sous des modalités à définir, des réflexions sur le sujet du management du changement pour partager entre les différents acteurs du monde de la transition énergétique les expérimentations menées et pour diffuser à tous des lois ou constantes qui se cristalliseraient à partir de ce partage d’expérience.

Pour retrouver l’intégralité de la plénière en vidéo, cliquez-ici !

Newsletter

Nos anciennes Newsletter

Pour recevoir toutes nos actualitées,
abonnez-vous à notre newsletter