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L’hydrogène décarboné est aussi géopolitique

11 Jan. 21

L’Union Européenne vise par son Green Deal la neutralité carbone de tous les secteurs de l’économie. Avec un niveau d’investissement de 470 milliards d’euros, elle souhaite prendre une position de leadership dans la construction d’une économie de l’hydrogène, agent majeur de la décarbonation de son économie. Parallèlement à ce Green Deal, deux pays aux enjeux énergétiques cruciaux, ont fait récemment des annonces sur leur stratégie hydrogène. Il s’agit de la Chine et de la Russie.

Sur le plan énergétique, la Chine est le pays de tous les extrêmes : ce pays-continent brûle 50% du charbon mondial et détient dans le même temps le tiers des capacités mondiales de production électrique par l’éolien et le photovoltaïque ; il dispose de la moitié du parc mondial de véhicules équipées de piles à combustible. Son Président Xi Jinping a fixé récemment les objectifs : pic des émissions à 2030 et neutralité carbone à 2050. Là encore, tout comme pour l’UE, l’hydrogène y est considéré comme un élément majeur de la stratégie de décarbonation.

Depuis 2010, la production chinoise d’hydrogène croit au rythme de 6,8% annuel et s’élève à 21 millions de tonnes en 2018, soit 18% de la production mondiale. Il s’agit bien évidemment d’un hydrogène gris, issu de la gazéification du charbon ou du reformage du méthane. L’enjeu est de décarboner cette production d’hydrogène : remarquons que la Chine, fort de son économie puissante de l’hydrogène, doit se battre uniquement sur le front de la décarbonation de la production d’hydrogène quand l’UE doit agir sur deux fronts simultanément : la production décarbonée et le développement de la distribution et des usages de l’hydrogène.

La stratégie de Xi Jinping consiste également à décarboner la sidérurgie et la production de ciment, à développer le power to X et l’injection d’hydrogène dans les réseaux gaziers. La Chine voit également l’hydrogène comme un moyen pour développer le véhicule à pile à combustible. Un million de véhicules sont escomptés d’ici 2030 avec 100 000 stations hydrogène réparties dans le pays.

De son côté la Russie ambitionne de devenir l’un des principaux producteurs mondiaux d’hydrogène. Son plan dévoilé mi-2020 vise à exporter 200 000 tonnes d’hydrogène en 2024 et deux millions en 2035. La Russie veut clairement se positionner sur le marché européen de la décarbonation : l’UE doit décarboner rapidement son économie et ne pourra pas compter sur ses seules ressources en ENR pour disposer d’hydrogène décarboné en quantités suffisantes. Une fenêtre de tir de deux décennies s’ouvre donc pour la Russie qui entend bien continuer à rester l’un des fournisseurs gaziers de l’Europe occidentale : jusqu’en 2040, la Russie estime que l’UE devra importer de l’hydrogène. Que sera cet hydrogène russe ? Un hydrogène, dit jaune, issu de l’électrolyse de l’eau par de l’électricité nucléaire, c’est le projet de Rosatom, mais aussi un hydrogène, dit bleu, issu de la thermolyse du méthane sans oxygène avec captage du CO2 : c’est le projet de Gazprom.

Le projet de gazoduc porté par Gazprom, Engie, Uniper, Wintershall, OMV et Shell consiste à doubler le gazoduc existant Northstream, long de 1230 km qui relie le port russe de Vyborg au fond du golfe de Finlande au port allemand de Greifswald de l’autre côté de la mer baltique. Northstream 2 est présenté comme pouvant aussi transporter un mélange méthane et hydrogène jusqu’à un rapport 80/20. La construction des 6% restants du gazoduc a repris début décembre, malgré les réticences américaines et polonaises.

Notons enfin le rôle que pourrait jouer les pays frontaliers de l’Arctique (Norvège, Islande, Russie, Groenland et Alaska): le pôle nord est en effet riche en ressources hydroélectriques et géothermiques, deux ressources qui pourraient contribuer significativement à la production d’hydrogène décarboné.

La décarbonation des économies s’impose à tous, mais, concernant l’hydrogène, chacun tire parti de ses atouts propres, l’un en valorisant son marché intérieur, l’autre en valorisant ses capacités d’exportation.
Ainsi, peu à peu, se dessine un jeu naissant du marché mondial de l’hydrogène.

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