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L’énergie de changer le monde – (notes de lectures)

05 Déc. 19

« Il ne peut rien se passer dans notre univers sans que l’énergie entre en jeu », rappelle souvent Jean-Marc Jancovici au gré de ses conférences. Chaleur, mouvement, travail, rayonnement : l’énergie est la capacité de changer le monde ; et justement il nous faut changer le monde sans se tromper d’énergie.

Jacques Ellul, le grand penseur du XXème siècle technique, établit une différence très nette entre l’époque des moulins à eau où l’énergie produite n’occultait pas sa source puisée dans la force physique de l’homme et de la nature et l’époque de nos centrales productrices d’une énergie qu’il qualifie d’anonyme(1) . Le kWh n’est rien sans le travail de l’homme qui le fait émerger. Tant que notre énergie sera, non pas une puissance de vie charnelle, mais un flux anonyme de kWh, le monde restera un monstre mécanique broyant l’humanité, rappelle le philosophe Benoît Sibille(2). Nos concitoyens magnifient les circuits courts et l’autoconsommation, comme une manière de se réapproprier et d’humaniser les énergies que nous utilisons ; ils soulignent qu’avant les KWh il y a une force vitale qui circule en nous ; avant l’énergie, il y aurait donc l’envie…

Notre époque, c’est aussi le discours des collapsologues : Greta Thunberg(3) nous a tancé pendant les chaleurs estivales : « Je ne veux pas que vous soyez plein d’espoir, je veux que vous paniquiez, je veux que chaque jour vous ayez peur comme moi. Et puis, je veux que vous agissiez… » ; Le scientifique Aurélien Barrau ajoute : « Nous vivons un cataclysme planétaire ». La peur de l’apocalypse est-elle donc un catalyseur pour l’action ?
Ces visions, trop souvent dualistes, opposent l’homme à la nature. Ne parle-t-on pas de l’anthropocène, époque où l’activité humaine transforme de manière négative son écosystème ? L’homme serait donc contre la nature. Sauvons la nature au détriment de l’homme ! D’ailleurs, quoique nous fassions, ne nous survivra-t-elle pas ?

Alors que nous ne parlions pas encore ou si peu d’écologie, le paléontologue, naturaliste, penseur, Pierre Teilhard de Chardin, mort en 1955, nous parle d’un monde en évolution perpétuelle : cosmogènèse, biogénèse, anthropogénèse et maintenant noogénèse : à chaque évolution, des seuils irréversibles s’opèrent allant vers toujours plus de complexification et plus de conscience. Matière et esprit ne s’opposent pas : il y a un caractère psycho-physique du développement de l’univers. « Il n’y a pas concrètement de la matière et de l’esprit, mais il existe seulement de la matière devenant esprit »(4) . Ainsi l’homme est un animal comme un autre, du point de vue physiologique, mais son processus d’émergence témoigne d’un saut de conscience : l’homme est le seul animal à disposer d’une pensée réfléchie, d’une capacité à faire retour sur lui-même, à se poser la question de la question… Seuil qui le met en pointe dans le processus d’évolution mais aussi dans un rôle créateur et responsable du devenir de cette évolution. Le critère de discernement n’est donc pas pour Teilhard ce qui nous ramène à un point originel ou primordial mais tout ce qui concours à accélérer l’évolution de l’univers qu’il décrit en allant toujours de la matière vers plus d’esprit.

La vision de Teilhard n’est pas un dogme scientifique intangible mais un stimulant pour la pensée. Loin d’un optimisme béat, Teilhard pointait déjà la raréfaction des richesses naturelles dans un espace de plus en plus conquis par l’homme. Sa vision rejoint celle d’Ellul et de Sibille pour faire de l’envie le moteur du changement ; il en ajoute le souffle. Notre monde se métamorphose et nous, les hommes, porteurs d’esprit et conscience, en sont les bras armés. Agir, chère Greta, nous le ferons, mais par envie et non par peur, car habités d’une vision où l’homme se définit comme responsable, où il fait évoluer le monde de manière réconciliée avec son milieu d’origine et où il laisse dominer l’esprit et une conscientisation des esprits toujours plus grande !

(1) Cité par Benoît Sibille dans la revue Limite n°16, p61
(2) Même article
(3) Cité par Jean-Baptiste Malet dans son article « La fin du monde n’aura pas lieu », Le Monde Diplomatique, août 2019
(4) In « L’énergie humaine », Teilhard

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