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Eolien offshore : un projet national qui s’organise localement

10 Mai. 21

Laurent Mazouni, vous êtes adjoint au maire de Dunkerque, en charge de la transition écologique et de la résilience urbaine. Vous êtes aussi l’un des interlocuteurs du maître d’ouvrage en charge du parc éolien en mer au large de Dunkerque pour le compte de la Communauté Urbaine de Dunkerque, quels sont vos points de vigilance ?
Les enjeux principaux que nous identifions à ce stade sont multiples, je mentionnerais les points suivants :
• Les retombées pour le territoire en termes d’emplois, de formation, d’insertion et de projets d’accompagnement,
• La prise en compte et la cohabitation avec les activités existantes : pêche professionnelle, navigation, tourisme, loisirs, etc.
• Les enjeux environnementaux et les impacts sur les milieux naturels notamment vis-à-vis de l’avifaune, de Natura 2000 et de l’insertion paysagère,
• Le partage avec le territoire, les collectivités, les associations, le public, les riverains des éléments relatifs au projet (caractéristiques techniques du projet, résultats des études environnementales, accompagnement de projets locaux…)
• Les enjeux transfrontaliers vis-à-vis de la Belgique,
• La sécurité maritime

Quel est l’apport économique d’un tel projet pour le dunkerquois ?
L’éolien en mer est un marché relativement jeune et en forte expansion, créateur d’emplois à l’échelle nationale et internationale. Il représente une opportunité de développement des activités économiques et portuaires avec la mobilisation de grands groupes industriels et d’un réseau de petites et moyennes entreprises. Le territoire Dunkerquois, au travers des nombreuses sociétés industrielles qui y sont implantées, a vocation à intégrer cette filière pour le projet lui-même mais également et pourquoi pas d’autres projets en France, en Belgique ou au Royaume-Uni. Le territoire possède un tissu de sous-traitants locaux et des compétences adaptables aux besoins de la filière de l’éolien en mer.
Le maître d’ouvrage, Eoliennes en Mer de Dunkerque (EMD) et la Communauté Urbaine mettront en place différents dispositifs visant à maximiser les prises de commandes par des entreprises locales, seules ou en groupements. EMD sensibilisera, identifiera et accompagnera les entreprises locales afin qu’elles puissent s’intégrer au plan industriel du projet. D’ores et déjà, plusieurs dizaines d’entreprises, susceptibles d’intégrer le projet de Dunkerque ont été ajoutées à la base de données de pré-référencement. Il nous faudra insister auprès d’EMD et auprès de ses fournisseurs afin de recourir le plus souvent aux entreprises locales en pratiquant une analyse systématique du volet « contenu local » avec les fournisseurs potentiels de rang 1 sur les lots principaux du projet (éoliennes, fondations et câbles inter-éoliennes), en mettant en relation des fournisseurs directs qui auront été sélectionnés avec le réseau industriel local, en identifiant des activités susceptibles d’être sous-traitées localement et enfin en contractualisant le recours à la base de données lors de la recherche de sous-traitants. Le consortium a retenu le port de Dunkerque pour y construire la base de maintenance du parc éolien. La phase d’exploitation débutera dès que des composants nécessitant une maintenance seront installés, soit début 2026. Ces activités contribueront à la création d’une cinquantaine d’emplois directs, locaux et pérennes : techniciens de maintenance, pilotes de navires de transport du personnel, marins, techniciens de surveillance, de logistique et activités supports (management, secrétariat, ingénierie, logistique, achats…). Au-delà de ces logiques « directes » c’est aussi l’opportunité d’engager la réflexion sur de nouvelles formations, d’intégrer le dispositif « Dunkerque l’énergie Créative », de lancer des Appels d’offres et essaimer une logique écosystémique.

Il y a également des retombées fiscales, je présume ?
L’Etat français a mis en place une taxe spécifique aux éoliennes en mer sur le domaine public maritime dont les modalités sont fixées par les articles 1519B et 1519C du code général des impôts. Cette taxe annuelle est acquittée par l’exploitant (EMD dans le cadre du projet de Dunkerque). Son montant est défini par le nombre de mégawatts installés. Sur le domaine public maritime, le
tarif annuel de la taxe est fixé en 2020 à 17 227 € par mégawatt installé et évolue chaque année comme l’indice de valeur du produit intérieur brut total. Avec 600 MW installé, le montant annuel de la taxe acquittée par EMD serait de plus de 10 millions d’euros (indice de référence 2020). Le revenu est affecté au fonds national de compensation de l’énergie éolienne en mer puis réparti selon la grille suivante : 50 % aux communes littorales d’où les installations sont visibles, 35 % aux comités représentant les pêcheurs professionnels, 10 % à l’Office Français de la Biodiversité et 5 % aux organismes de secours et de sauvetage en mer (SNSM).

Qui dit nouveaux métiers, dit nouvelles compétences et nouvelles formations. Comment cela s’articule-t-il avec le projet ?
Afin d’anticiper les besoins en compétences nécessaires au projet et de favoriser le recrutement local, le territoire et la communauté urbaine ont lancé un travail d’identification de partenaires locaux proposant un large panel de formations. Déjà deux formations ULCO et IMT sensibilisent aux métiers de la transition énergétique au sens large. Différents outils de sensibilisation peuvent être envisagés. Viendront ensuite les engagements, sur d’autres volets, en introduisant dans les contrats, sur l’ensemble des phases du projet, des clauses d’insertion ou d’autres formes de clauses locales. Le travail d’identification et d’opportunités est à construire.

Le projet est aussi transfrontalier. Quelles concertations avec la Belgique ?
Des représentants des autorités belges ont été invités à la consultation menée par l’Etat français à partir de 2016 pour déterminer le choix de la zone. Depuis, des échanges réguliers et de haut niveau ont eu lieu entre la France et la Belgique. Les citoyens et les parties prenantes belges ont été invitées à participer au débat public organisé en France fin 2020. Les maîtres d’ouvrage .Les parties prenantes belges sont membres de l’ICS, l’instance de concertation et de suivi, mise en place spécifiquement pour le projet, pilotée par la sous-préfecture de Dunkerque et la préfecture maritime. L’enquête publique qui se tiendra durant l’instruction des demandes d’autorisations, vers mi-2022/fin2022, sera transfrontalière avec les Etats voisins concernés par le projet (Belgique, Royaume-Uni), en application de la convention d’ESPOO.

La filière de la pêche est concernée au premier chef par le développement de ce projet. Quelles garanties lui sont apportées quant à la pérennité de son activité ?
Depuis la genèse du projet, les maîtres d’ouvrage travaillent en collaboration avec les pêcheurs professionnels (Comité régional des pêches maritimes et Comité départemental du Nord, CDPMEM) afin de connaître leurs méthodes et habitudes de travail, dans l’objectif de limiter les contraintes du projet sur celle-ci. Les premiers échanges ont permis aux maîtres d’ouvrage de mieux évaluer
l’impact du projet sur la ressource halieutique et l’activité de pêche, en phase de construction et en phase d’exploitation. Les études d’impact et les études socio-économiques menées par des bureaux experts sur la filière amont et aval sont en cours de réalisation. Au regard du retour d’expérience d’autres parcs éoliens en mer, il ressort que les impacts sur les réserves de poissons, mollusques, coquillages et crustacés seront localisés et temporaires surtout lors des travaux phase de construction qui devront être le plus rapide au regard de la zone de pêche. Des mesures devront absolument être prises pour éviter, réduire ou compenser les impacts qui auront été identifiés.

L’autre enjeu important relatif à pêche concerne la cohabitation des activités. Toutes les interventions sur le plan d’eau font l’objet d’échanges préparatoires avec la profession.

Les pertes d’exploitation générées par des fermetures temporaires de zones de pêche devront être compensées, pour l’ensemble de la filière, sur la base d’une évaluation (RICEP). La navigation des tiers reste envisageable, dans le respect de règles arrêtées par la préfecture maritime (interdiction de navigation dans un rayon de 50 m aux abords des éoliennes, et de 200 m autour du poste électrique en mer, …). Par ailleurs, les pêcheurs professionnels ont décidé collectivement de participer aux opérations du projet en fonction des besoins. Les pêcheurs ont ainsi pu déjà partager leurs connaissances du site et ont été sollicités pour mettre à disposition leurs navires afin d’accueillir des scientifiques en charge des prélèvements et des observations de la faune et de la flore marines. Des armements de pêche pourraient également contribuer à la surveillance des opérations maritimes lors du chantier d’installation du parc éolien et de son raccordement électrique.

Une fois installés, les infrastructures immergées et les enrochements éventuels constitueront de nouveaux habitats pour les espèces marines : un écosystème apparaîtra sur la zone du projet après les travaux d’installation. Enfin, dans la perspective d’une collaboration territoriale exemplaire concernant les activités de pêche, le territoire et la CUD seront attentifs quant aux mesures visant à valoriser les produits de la mer, réduire les dépenses énergétiques et de diversification et accompagner des projets qui seraient portés par des structures professionnelles ou par des armateurs concernés par l’implantation du parc éolien en mer.

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