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Décarboner l’économie, fastoche ?

04 Oct. 19

Jean-Marc Jancovici, polytechnicien, Président de « The Shift Projet » et associé de Carbone 4 est intervenu le 16 septembre dernier à l’initiative d’EDF et du Medef Hauts-de-France.
Prises de position décoiffantes, qui invitent à réfléchir, et que nous tenterons de résumer ci-après.

L’énergie est au cœur de nos sociétés : si elle ne représente en moyenne que 5% des charges d’un ménage, elle leurs est aussi indispensable que le cerveau l’est à notre corps.
L’énergie ne se limite pas au carburant que nous mettons dans nos véhicules ou à l’électricité qui permet aux ampoules de nous éclairer, elle est présente dans toutes les transformations de notre environnement, « compter l’énergie, c’est compter la transformation physique du monde qui nous entoure » rappelle le polytechnicien. Ainsi, selon la loi de conservation de l’énergie, utiliser de l’énergie, c’est en réalité convertir de l’énergie à partir de l’environnement où elle est déjà présente. L’homme convertit l’énergie de la nourriture qu’il consomme en travail manuel puis convertit l’énergie de l’eau par les moulins à aube, celle du vent par les éoliennes, etc.

A l’aube de l’ère industrielle, grâce au pétrole, nous avons décuplé la puissance disponible pour l’homme par rapport à ses capacités physiques intrinsèques et divisé dans le même temps son coût par un facteur 500. Les machines, véritables convertisseurs d’énergie en travail, se comptent désormais à raison de 200 machines par personne en moyenne dans le monde, et 600 en France. L’augmentation de l’énergie disponible à bas coût a entraîné une profonde mutation de nos sociétés par l’augmentation des emplois dans les secteurs de l’industrie et du bâtiment puis du tertiaire, au détriment du secteur agricole. L’effet corollaire est bien-sûr l’augmentation du taux de CO2 rejeté dans l’atmosphère, puisque la consommation de matières premières fossiles carbonées explose, mais aussi l’urbanisation de la population mondiale. Le paradoxe est d’aboutir à un PIB mondial toujours en croissance, mais basé sur une consommation d’une énergie dont la ressource est gratuite, puisque fossile, et finie.

A l’appui de ces observations, Jean-Marc Jancovici note la forte corrélation entre la consommation de l’énergie et la croissance du PIB dans le monde d’une part, et entre la croissance de la zone euro qui ne fait que baisser depuis les 30 glorieuses et la disponibilité plus limitée de l’énergie, d’autre part.

In fine, Jean-Marc Jancovici fait un parallèle saisissant entre les effets de l’augmentation de 5°C entre la dernière ère glaciaire et notre climat actuel et le réchauffement climatique induit par cette consommation d’énergie carbonée. L’effet de rémanence du CO2 dans l’atmosphère ajoute au phénomène décrit : si nous arrêtions immédiatement nos émissions, il serait impossible d’inverser dans un bref délai le processus de réchauffement engagé.

Dès lors, deux alternatives, réalistes mais peu réjouissantes, s’ouvrent à nous, selon Jean Marc Jancovici : la généralisation des conflits armés, conséquence de la raréfaction des ressources et de la diminution des zones habitables, ou la généralisation d’une économie de guerre, nous permettant de diminuer rapidement nos consommations et nos impacts sur l’environnement.
Jean Marc Jancovici détaille 9 propositions à mettre en œuvre le plus rapidement possible pour décarboner l’économie en Europe :

  • Fermer toutes les centrales à charbon,
  • Généraliser la voiture à moins de 2L/100 km,
  • Réussir la révolution du transport en ville, remplacer l’autosolisme par le covoiturage et les mobilités douces,
  • Prioriser le transport ferroviaire sur l’avion,
  • Rénover les logements anciens,
  • Baisser les flux de matières premières,
  • Lancer un grand plan de rénovation du tertiaire public,
  • Développer l’économie de la forêt durable,
  • Diviser par le 2 le cheptel et privilégier la qualité et la baisse des intrants.

A l’opposé de ces résolutions, le conférencier rappelle que déjà 120 milliards d’euros ont été dépensés en France pour soutenir les ENR, dans un secteur pourtant déjà vertueux en terme d’émissions de CO2 et où aucune urgence ne s’imposait ; injecter ce montant dans la rénovation de logement ou dans l’investissement dans des pompes à chaleur pour tous les ménages auraient eu le double effet de réduire notre consommation énergétique et de privilégier des emplois locaux.

Les priorités de Jean Marc Jancovici sont proches des projets structurants de rev3 pour les Hauts-de-France, sur des sujets aussi variés que la mobilité durable, l’économie circulaire, l’efficacité énergétique, la rénovation des logements, etc.

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