Newsletters Espace adhérent
Nos actualités

< Retour

De l’agriculteur d’aujourd’hui à l’énergieculteur de demain

09 Sep. 20

L’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques remet, à l’heure des moissons cette mi-juillet 2020, un rapport sur les relations entre agriculture et production d’énergie. Il n’existait jusque-là aucune étude spécifique et exhaustive sur la part de production d’énergie du secteur agricole. A travers un champ d’étude volontairement large, intégrant les utilisations des sols agricoles, des bâtiments, des sous-sols et pour tout type de production d’énergie : PV, éolien, solaire thermique, pompes à chaleur, petite hydroélectricité,… L’enjeu du rapport est de réaffirmer le rôle pivot de l’agriculture dans la transition écologique : le secteur agricole est à la croisée des chemins entre différentes fonctions qui prennent de l’importance à l’aune de la décarbonation de notre économie : nourrir les hommes bien-sûr mais aussi diminuer sa propre empreinte carbone, contribuer à fixer le carbone anthropique dans les sols, reconquérir la biodiversité, recycler les déchets et instaurer une dynamique de circuits-courts.

Agriculture et énergies : faits et chiffres
Le secteur agricole consomme 4,5 Mtep d’énergie par an, soit moins de 3% de la consommation finale de l’énergie nationale consommée. Ces 4,5Mtep représentent 3,3 milliards d’euros, à comparer aux 73 milliards de la production agricole et se répartissent à 74% dans les combustibles fossiles, 17% dans l’électricité, 5% dans le gaz et 4% dans les énergies renouvelables et les déchets. Les produits pétroliers concentrent un peu moins des deux tiers de cette dépense et l’électricité près d’un tiers. L’énergie représente entre 12 et 20% des charges variables d’exploitation.

Pour le ministère de l’agriculture, le ministère de la transition énergétique et l’ADEME, 20% de la production d’ENR en France provient du secteur agricole, avec 50 000 exploitations concernées sur 2,8% de la surface agricole totale, soient 396 GWh et 3,5% de la production globale d’énergies. Cette production correspond donc peu ou prou à la consommation énergétique du secteur (4,5 Mtep).

La production d’ENR réalise un chiffre d’affaires de 1,366 milliards d’euros annuels, soit 2% du CA du secteur avec par ordre de contribution la vente de biomasse pour les biocarburants, le PV, la méthanisation et la vente de biomasse pour la combustion. A cela, s’ajoute les économies propres des agriculteurs par autoconsommation de biomasse, PAC et solaire thermique. La production d’ENR par le secteur agricole devrait être multipliée par 3 entre 2015 et 2050, passant de 4,6 Mtep (53TWh) à 15,8 Mtep (184 TWh), grâce à une forte contribution de l’éolien, du biogaz et du solaire photovoltaïque. Ce ne sera plus 50 000 exploitations mais 280 000 exploitations agricoles qui seront concernées par la production d’ENR.

Enfin, le secteur agricole représente 20% des émissions de GES en France en 2017 selon le GIEC, contre 13,5% pour la moyenne mondiale.

Ci-dessous une répartition chiffrée des filières ENR agricole aujourd’hui identifiées :

Freins au développement des ENR agricoles
Aucune filière ENR d’origine agricole n’est actuellement viable économiquement sans soutien public, souligne le rapport. Les agriculteurs manquent de fonds propres pour porter les coûts d’investissements et sont confrontés à des modèles d’affaires qu’ils connaissent mal avec des revenus qui ne se confirment qu’après plusieurs années et ce alors même qu’ils désirent valoriser leurs ressources sans opérateurs intermédiaires,  dans une logique de circuits courts et de valeur ajoutée locale.
L’artificialisation des terres rend le foncier peu disponible en France : les centrales PV au sol se développent peu en raison de la difficulté d’accès au foncier. Cette raréfaction augmente les conflits d’usage que l’agrivoltaïsme cherche à sa manière à résorber.

La question de l’acceptabilité sociale des projets reste selon le type d’ENR un frein au développement. Enfin, sur un plan administratif, le rapport souligne une PPE peu ambitieuse notamment envers la méthanisation et la complexité juridique et administrative des montages de projets.

Réussir le couplage agriculture / énergies renouvelables
Réussir le couplage agriculture / ENR c’est tout d’abord entrer dans une vision transversale et systémique des enjeux interdépendants de la santé, de l’environnement et de l’agriculture (proposition 1 et 2). L’agroécologie et l’agroforesterie associent arbres et cultures au bénéfice de la productivité et de la biodiversité. Plus fortement encore, le foncier devient le lieu de tous les enjeux: si le rapport rappelle à plusieurs reprises la destination prioritaire des sols à la production alimentaire, il souligne la nécessité d’un nouveau cadre législatif (mais sans en préciser les contours) pour défendre le foncier agricole (proposition 9), repousser l’artificialisation des terres et développer là ou cela est possible la production de biocarburants pour l’aviation (proposition 18), l’électricité photovoltaïque au sol ou la combinaison par le biais d’algorithmes et de l’intelligence artificielle de la production alimentaire en simultanée avec la production énergétique (agrivoltaïsme, proposition 16).

Le rapport insiste également sur le rôle de l’agriculture dans les différents modes de stockage des énergies intermittentes : STEP, mais surtout power-to-gas à travers la production d’hydrogène mais aussi le couplage méthanisation/méthanation (propositions 10, 11, 19 et 20).

Il s’agit aussi de reconnaître que l’agriculteur doit se former pour acquérir les compétences technico-économiques d’un nouveau marché auquel il s’adresse (proposition 8) ainsi que la capacité à gérer des projets complexes. La R&D doit enfin apporter les solutions techniques en petite méthanisation, méthanation ou agrovoltaïsme.

La dimension territoriale enfin est soulignée avec le rôle réaffirmé des politiques locales d’aménagement du territoire (proposition 6).

C’est donc à la fois la vocation première de l’agriculture dans l’alimentation qui est réaffirmée par ce rapport mais tout autant une approche systémique de l’agriculture qui vient valoriser les liens que ce secteur tisse avec l’ensemble de l’économie nationale. En affaire de transition énergétique, nous le savons, tout est lié, tout est interdépendant. L’on comprend mieux l’enjeu crucial de formation du secteur pour faire des nos agriculteurs d’aujourd’hui les énergieculteurs  de demain.

Newsletter

Nos anciennes newsletters consultables

Pour recevoir toutes nos actualités,
abonnez-vous à notre newsletter