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Communauté Urbaine de Dunkerque : Des contraintes d’un territoire sont nés les atouts du développement

07 Mar. 22

Nous inaugurons une nouvelle rubrique de notre newsletter, dédiée aux politiques territoriales de transition énergétique des collectivités des Hauts-de-France. L’actualité dunkerquoise récente démontre un travail intense en amont pour arriver à une convergence de résultats que deux visites ministérielles viennent de consacrer. Rafael Ponce, directeur général adjoint des services de la CUD et directeur d’Euraénergie répond à nos questions.

Quels sont les atouts et contraintes du territoire dunkerquois qui ont conduit à façonner sa stratégie de développement ?

La zone industrialo-portuaire offre à Dunkerque une façade maritime dotée d’une accessibilité multimodale : mer, route, ferroutage, canaux,.. Notre territoire est au cœur d’un réseau d’échanges internationaux dont les industries dunkerquoises tirent avantage. C’est aussi la raison pour laquelle Dunkerque est la première plateforme énergétique européenne avec l’arrivée du gaz norvégien, l’importation de charbon pour la sidérurgie et la présence de la plus grande centrale nucléaire française. Un tel tissu est un socle suffisamment fort pour nous attaquer aux contraintes qu’il peut générer et pour lesquelles nous sommes engagés depuis plusieurs années : c’est bien-sûr la question environnementale tout en assurant le développement économique du territoire.

Industrie et environnement : quelle est la vision dunkerquoise et comment se met en œuvre sa stratégie ?

Notre vision c’est tout à la fois la décarbonation, la transformation de ce bassin industriel et l’accueil de nouvelles industries d’avenir.
La première brique du développement, c’est le maintien de l’industrie présente, en travaillant le tissu existant au niveau environnemental et sociétal. Prenons l’usine d’ArcelorMittal : il s’agit quasiment de partir d’une feuille blanche puisque l’industriel doit remplacer des technologies très carbonées par des technologies propres et décarbonées, consommatrices en électricité et en hydrogène. Cette transformation des outils industriels nécessitera des besoins supplémentaires en énergie qui doivent privilégier des ressources locales ; certes la question des tarifs des énergies est une question qui dépasse l’enjeu local, mais il nous appartient de doter le territoire des infrastructures nécessaires à la décarbonation de son industrie avec un recours diversifié aux différentes énergies, d’où le développement de l’éolien off-shore, du photovoltaïque avec le GPMD et des EPR.
La deuxième brique, c’est préparer l’avenir : en s’appuyant sur ce socle industriel fort, il s’agit de développer une attractivité territoriale et faire venir de nouvelles industries, les industries du futur ; la gigafactory VERKOR en est un bel exemple puisqu’elle sera la première du dunkerquois à produire des batteries et composants pour batteries et la 3eme des Hauts-de-France. Notre volonté est de développer des écosystèmes globaux selon un principe de circularité avec toute la chaîne amont et aval de la filière de fabrication de batteries.
Je n’oublie pas enfin la question de l’habitat et de la mobilité : nous nous inscrivons dans le cadre mis en place par l’Etat à travers le PNRU et travaillons à la rénovation de plusieurs quartiers selon les normes RT 2012 et l’utilisation de matériaux recyclés. L’axe mobilité décarbonée est travaillé tant sous la modalité électrique qu’hydrogène.

Comment s’anime la convergence des différents acteurs dans une vision commune qui génère l’action ?

Il faut se rappeler le rôle des Assises Européennes de la Transition Energétiques dont Dunkerque prît l’initiative dès 1999. L’idée était d’aider à prendre conscience de la nécessité de transformer les technologies et les comportements. C’est sur ce terreau qu’une habitude de travail collectif s’est peu à peu mise en place entre la CUD, le GPMD et des structures d’accompagnement comme Pôlénergie. Lors de la réponse à l’Appel à Projet émis par l’Etat « Territoires d’Innovation », un travail collectif thématique autour du CO2 et de l’hydrogène s’est mis en place en agrégeant les industriels et la chambre de commerce. Le GIP Euraénergie vient porter et financer la politique territoriale dunkerquoise et animera le parc d’innovation et de formation avec un bâtiment qui sortira de terre dès 2023. Pôlénergie accompagne les industriels du territoire à travers son expertise énergétique et fait le lien avec les politiques régionales et parfois nationales (cf. son rôle au sein de France Hydrogène). Il s’agit au final de cocher toutes les cases d’un maillage local, régional, national et européen puisque les enjeux de notre industrie et du Port dépassent largement la circonférence dunkerquoise.

Comment la collectivité aide à construire l’industrie du futur ?

Pour la CUD, comme pour le GPMD, la question des infrastructures est au cœur de l’attractivité industrielle du territoire. Le projet totem reste en 1994 la captation de chaleur fatale auprès d’ArcelorMittal pour alimenter le réseau de chauffage urbain. Mais aujourd’hui, si les industriels doivent décarboner leur production, il faut leur fournir les raccordements électriques nécessaires pour produire de l’hydrogène sur place, il faut aussi structurer un réseau CO2 pour acheminer vers un hub de chargement et séquestrer le carbone dans les cavités adéquates.
Il faut aussi prévoir les ressources en eau industrielle. Sur tous ces enjeux, nous travaillons à des solutions avec RTE ou avec les énergéticiens pour construire une autoroute de la chaleur ou pour utiliser la chaleur fatale pour la production d’eau industrielle (Epiflex) ou pour inviter les industriels à utiliser, comme le fait déjà DK6, l’eau de mer dans leur process de refroidissement.
La CUD poursuit son travail avec le consortium en charge du champ éolien offshore qui verra le jour en 2027. Les deux EPR sont planifiés à horizon 2037, ce qui signifie un démarrage des travaux dès 2029.

Patrice Vergriete, président de la CUD dit souvent : « notre industrie ne doit plus tourner le dos à sa population ». Comment y arriver ?

Embarquer la population dans un projet de transformation du territoire est l’un de nos challenges. Parler de l’éolien offshore nécessite une véritable pédagogie pour inscrire ce projet dans une vision globale qui est celle de notre indépendance énergétique territoriale et de la décarbonation de l’industrie. L’acceptabilité, la sensibilisation, redorer le blason de l’industrie sont au cœur de notre stratégie, alors que l’on sort de 10 années de déclinisme avec une image faussée de l’industrie. Verkor, par exemple, installera des salles blanches dignes d’un hôpital dans ses locaux !
Le digital y sera omniprésent. Nos jeunes doivent redécouvrir ce monde de l’industrie qui n’est plus celui de leurs parents. Nous devons créer les formations pour les métiers de demain et les métiers actuellement en tension. Lors de la visite du premier ministre, a été validée l’implantation de 4 formations BTS tournées vers l’industrie de demain : maintenance des systèmes, électrotechnique, chaudronnerie, conduite de lignes industrielles. Euraénergie développe en partenariat avec l’IMT Lille Europe une formation d’ingénieur, à laquelle s’adjoindra un enseignement sur le nucléaire. Notre tâche à Dunkerque est de réinitier le travail avec les industriels sur les enjeux de formation. La CUD va mettre en place une direction emploi-formation-compétence, même si ce n’est pas une de ses attributions régaliennes : l’idée est, en travaillant avec les industriels, le rectorat et les ministères, de mettre en place une meilleure image de l’industrie chez nos jeunes, expliquer les métiers de demain et leur donner l’envie de rester sur le territoire qui les a vus naître.

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