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Comment passer de la recherche au déploiement industriel ?

14 Déc. 20

Réponses de Nesrine Darragi, fondatrice de Hive, start-uppeuse dont les innovations pourraient rapidement changer le monde du transport.

Pôlénergie : Bonjour Nesrine Darragi, vous êtes la fondatrice de Hive, quel est votre parcours ?
Nesrine Darragi : Je suis docteur de l’école centrale de Lille ou j’ai effectué une thèse en Génie industriel et automatisme. Parallèlement à cela, j’ai passé 4 ans à l’institut français des Sciences et Technologies de transport pour lequel j’ai travaillé sur les problématiques liées aux véhicules électriques, aux contrôles-commande, etc. A la fin de mes études, j’ai intégré Siemens Mobility Belgique en tant que Manager de Sureté de fonctionnement dans le ferroviaire, puis un organisme de certification comme auditrice. En revenant en France, j’ai fait le constat des freins à l’électrification et j’ai rapidement décidé de tout arrêter pour travailler sur une méthodologie d’accélération de la R&D pour aller au plus vite sur le marché. La création d’une entreprise dédiée n’est arrivée qu’à la fin, ce n’en est que la matérialisation concrète.

Pôlénergie : Quel est votre projet ? Quelle en est l’idée fondatrice ?
Nesrine Darragi : J’avais cette ambition de créer une batterie interchangeable pouvant être développée dans tous les pays, batterie que l’on peut remplacer rapidement et qui permet d’obtenir une expérience identique à celle des véhicules thermiques. L’idée est de s’affranchir des infrastructures extrêmement coûteuses des stations de recharge, des temps longs de recharge, afin d’obtenir une autonomie complète en 2 voire 3 minutes. A partir de cette réflexion, j’ai identifié les points bloquants : la technologie lithium/ ion en était un avec une problématique de réglementation notamment car la manipulation de la batterie pour des raisons de sécurité est complexe. Il fallait alors soit changer la réglementation soit remplacer la technologie… J’ai donc décidé de travailler dès 2017 à une nouvelle technologie.

Pôlénergie : De là, quelle a été votre démarche ?
Nesrine Darragi : J’ai repris des formations complémentaires pour bien cerner le sujet, et je me suis rapprochée des laboratoires les plus compétents dans la thématique pour travailler avec des chercheurs. Le cahier des charges était simple : une nouvelle technologie, sans métaux rares ou critiques et totalement sûre et durable, avec un potentiel énergétique important. Dès le début, on savait que nous ne pourrions être immédiatement compétitifs face aux technologies déjà en place, mais l’impératif était d’avoir une technologie pouvant atteindre des capacités suffisantes pour intégrer à terme les secteurs les plus critiques : l’automobile, l’aéronautique, le spatial et la défense. C’était donc un cahier des charges industriel qui répondait à des besoins concrets du marché, mais en se basant sur une démarche académique pour avancer rapidement et rigoureusement.

Pôlénergie : A quelles problématiques avez-vous été confrontées ?
Nesrine Darragi : Il y a des gaps entre les académiques et les industriels. Ayant vécu des deux côtés de la barrière, j’arrive à comprendre la problématique, même si elle n’est pas simple à résoudre !… D’un côté, l’industriel a un besoin de résultats rapides et fiables, de l’autre l’académique a une démarche robuste mais les résultats sont parfois très longs à obtenir et cela ne correspond pas toujours aux attentes des industriels. J’ai choisi de rester indépendante pour pouvoir combiner les avantages de chacune des approches.

Pôlénergie : Pourtant, on voit de plus en plus de collaborations entre industriels et laboratoires…
Nesrine Darragi : C’est vrai, et c’est une excellente chose ! Mais en même temps, on voit des technologies qui sortent de la recherche et qui ne sont pas adoptées pour des problématiques de complexité d’exploitation, de compréhension même. Certains industriels ne souhaitent pas révolutionner leur business. Il y a cette peur de faire des innovations très «deep».

Pôlénergie : Faut-il comprendre que les industriels cherchent d’abord à s’améliorer de manière incrémentale ?
Nesrine Darragi : C’est exactement cela ! L’industriel peut chercher à gagner un avantage compétitif, mais de là à revoir son process de fond en comble… Pourtant, j’ai le sentiment que si l’on ne fait pas de très grands pas à chaque fois, on sera bien trop vite dépassé. Il faut réussir à prédire les évolutions, et avoir toujours dans les cartons plusieurs pas d’avance… Finalement c’est comme au jeu d’échec, si vous ne faîtes que réagir vous êtes vite débordés par vos concurrents Il ne faut pas non plus hésiter à sacrifier des choses pour sortir de sa zone de confiance. De notre côté, nous avons pris le plus grand risque possible en travaillant sur des thématiques qui n’étaient pas étudiées par d’autres industriels.

Pôlénergie : D’où l’augmentation exponentielle du nombre de start-up ?
Nesrine Darragi : C’est vrai, nous par exemple, qui ne sommes pas financés par des industriels, nous sommes totalement libres. Nous pouvons faire des choix sans avoir peur des conséquences… Il n’y a pas de risque de perte, de détruire des actifs… tout simplement parce que nous n’en avons pas ! Cela nous permet d’avancer sereinement.

Pôlénergie : Revenons-en à la genèse de Hive, comment cela s’est-il passé ?
Nesrine Darragi : En 2017, après avoir décidé de me consacrer entièrement au projet, j’ai testé de nombreuses technologies. Je faisais les expérimentations chez moi, dans ma cuisine, à tel point que l’on se demandait si je cuisinais vraiment ou si je faisais de la chimie ! [rire]
C’était une vraie difficulté, mais en même temps j’ai pu vérifier la faisabilité. En Avril 2018, j’ai été reçu à l’incubateur Cré’Innov à Villeneuve d’Ascq et j’ai fondé Hive en 2019. Maintenant, nous sommes dans une phase d’expansion rapide : nous cherchons des locaux sur la MEL, de 350 à 500 m2 extensibles, et voulons recruter 12 personnes [NDLR : n’hésitez pas à aller voir sur LinkedIn les postes ouverts] et des stagiaires. Il y a déjà une vingtaine d’étudiants qui travaillent sur des sujets de recherche, avec Polytech, l’université de Lille, l’Ecole Centrale, l’IUT de Saint Omer.
Nous travaillons aussi avec l’université libre de Bruxelles, avec qui nous avons réalisé une thèse. Nous identifions pour le futur des universités en Autriche, en Allemagne, notre but étant de diversifier notre écosystème.

Dans un prochain article, nous reviendrons sur le développement de HIVE et ses avancées technologiques.

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